Nicolas Hazi #149

"Simon n’avait pas de garde-boue, j’avais tout dans la gueule. Je me forçais à le suivre. Et puis après en fait c’était pire cool parce qu’on avait roulé à blinde pour aller, et après il avait dit: "Maintenant on est tranquille, du coup viens on va chez moi, on va boire un sirop."

 

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Un matin, au début de l’été 2013, je venais de faire un pick-up de carottes géologiques aux Boveresses, dans les hauts de la ville. Lesté de quelques kilos de roche et de terre, je prenais de la vitesse dans la descente, quand j’avais croisé Nicolas qui remontait la route d’Oron sur son vélo bleu, avec une sorte d’épuisette à papillons dans le dos, et un grand sourire. 

 

Nico était encore un rookie à vélocité à cette époque là et je ne savais pas encore qu’il terminait alors ses études en biologie à l’Université de Lausanne et qu’il était véritablement passionné par les chauve-souris. 

 

 

Interview: 

 

Où es-tu né? 

 

À Crissier, ou Lausanne. Je suis originaire de Crissier mais je suis peut-être né au CHUV, ou à la Source. Je ne sais pas en fait. 

 

Où as-tu grandi? C’était comment? 

 

J’ai grandi avec mes parents et mes deux frangines et on avait un bateau sur le lac Léman. On faisait des sorties sur le lac et pas mal de montagne aussi. On restait dans le coin. C’était cool. 

 

Tu faisais déjà du vélo? 

 

Oui, j’allais à l’école en vélo, à un kilomètre et demi de la maison je pense. C’était pas loin. Il y avait une monstre descente pour y aller. On se tirait la bourre avec les potes. 

 

Tu avais des héros, des exemples à suivre? 

 

Oui! Denver le dernier dinosaure. Parce qu’il fasait du skate avec des lunettes de soleil. 

 

Quand tu étais enfant, qu’est-ce que tu voulais devenir ? 

 

Je crois que pendant un temps je voulais devenir pilote de chasse, pilote d’avion. Mais rapidement j’avais eu des lunettes, du coup ça le faisait plus. 

 

Quel est le premier métier que tu as exercé? Ta première activité rémunérée? 

 

J’ai été aide jardinier. J’ai bossé avec un type, un voisin, qui avait une entreprise à Crissier, je pense encore maintenant. Et je me souviens qu’il m’avait exploité. J’avais bossé trois semaines pour lui, trois semaines, pendant l’été. Et je me souviens d’avoir bossé comme les autres gars de l’équipe et il m’avait filé 400.-. 

 

Comment ça se fait que tu sois devenu, partiellement, coursier à vélo?  (Nicolas est aussi chiroptérologue).

 

Je connais depuis l‘enfance le numéro huitante-neuf de la maison, Pascal. Et puis du coup je le voyais évoluer là-dedans. 

 

Pendant les études j’ai jamais eu le temps. C’était à bloc tout le temps, pas comme d’autres. Et en gros j’ai fini les études, et, après avoir voyagé un peu et trouvé un autre job à temps partiel, je me suis dis que coursier ça complèterait pas mal. 

 

Tu te rappelles de tes shifts d’essai? 

 

Oui, mon premier shift d’essai avec Simon Walbaum. Il pleuvait, dégueulasse, premier mai, il pleuvait à mort. Et lui il roule comme un connard. Il avait plu des cordes toute la matinée. Et du coup on a roulé en direction de Crissier, pour livrer du courrier chez des notaires. 

 

Simon n’avait pas de garde-boue, j’avais tout dans la gueule. Je me forçais à le suivre. Et puis après en fait c’était pire cool parce qu’on avait roulé à blinde pour aller, et après il avait dit: «  Maintenant on est tranquille, du coup viens on va chez moi, on va boire un sirop. ». C’était cool.

Et il s’est pété la gueule deux fois pendant ce shift, Simon. Il a glissé à fond. En haut de Villamont, sur le passage piéton. Il a pris le virage, je me suis dit « Il va s’écraser », c’était marqué. Tu vois, c’était super humide, il a attaqué le virage comme un porc, il a glissé, il a tout juste pas tapé dans une des Mercedes qui était parquée là devant le garage. Il s’était relevé, il tremblait. Il avait le pouce en sang, il avait complètement ouvert le gant, gant qu’il a toujours d’ailleurs. Et il tremblait, il avait dit « Ouais, viens, faut qu’on aille à la gare. ».

 

Et je m’étais dit, « Ah, c’est comme ça que ça marche! ».

 

Dans cinq ans, tu te vois toujours coursier à vélo? 

 

C’est pas impossible ouaip. En tout cas, comme je suis parti là, ça se pourrait bien. 

 

Un mot pour te décrire en tant que coursier? 

 

Orienté.

 

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