Quel meilleur mois que ce mois de juillet pour vous parler des championnats. On les entend approcher par la rumeur qui grandit dans les couloirs du bureau : tu vas, toi, aux championnats du monde cette année ? C’est où déjà les championnats d’Europe, on se fait un ride jusqu’à là-bas ? Les premières cartes des parcours sont dévoilées et on se remémore les fameux championnats du monde à Lausanne en 2013. Mais c’est quoi ces championnats finalement ? Explications.

LAURENT KÜNG  ·  16.07.2019

Lausanne, été 2013. Voilà des mois, presque deux ans, que des dizaines de personnes travaillent dur, démarchent des sponsors, dialoguent avec la ville pour trouver les lieux de la manifestation. La sentence est dite, les diplomates ont été bons : les championnats se dérouleront en plein centre ville, dans le cœur médiéval de Lausanne.

 

Quand, lors d’une soirée qui s’allonge, après quelques bières on relâche les épaules et on évoque les championnats de Lausanne à ceux qui l’ont connu, on sent poindre en eux une belle mélancolie, celle qui vient en nous lorsqu’après vingt ans d’amour heureux, un couple se remémore son premier rendez-vous, ses premières fois éclairées par la lumière nouvelle et bienveillante de la mémoire. Un sourire nait sur leur visage et chacun possède son moment mémorable, un souvenir impérissable qu’il dissimule en lui comme on cache une chose précieuse. L’un évoque une nuit blanche avec les coursiers parisiens qui se termina à 07h du matin lorsqu’il fallait aller livrer les premières cases postales, un autre me parle d’une blague qu’il avait faite en accrochant, à Montbenon, le vélo d’un copain haut dans un arbre, pour se retrouver quelques heures plus tard avec son vélo dissimulé sur le toit de la maison de ses parents, son ami avait été revanchard. Tous se souviennent de l’ambiance heureuse de fête, une liesse générale de quatre jours qui aura marqué la mémoire des participants et qui aura formé la légende.

 

On me parle de Jonas #146, en pignon fixe et en sandalettes, avec sa lessive sur le dos qu’il avait dû faire pendant la nuit et qui, malgré les handicaps, termina deuxième chez les hommes, juste derrière le fameux Austin Horse. On me parle de Joséphine #59 qui gagnait chez les femmes, glanant ainsi son troisième et ultime titre de championne du monde.

 

Le sentiment général est là ; l’été 2013 à Lausanne aura été un lieu, un temps mémorable pour tous, coursier ou non, badauds ou officiels de la ville. On a pu y voir des foules se presser lors du up-hill sprint, s’amasser rue de la Mercerie pour voir suer, souffler fort les coursiers monter vite. vélocité organisait sa première grande manifestation comme un manifeste à la ville, pour montrer sa grandeur, pour montrer aux citoyens son existence, la beauté de belles âmes amies, la valeur de la famille des coursiers à vélo. Lausanne redécouvrait ses coursiers à vélo, ils n’étaient plus seulement quelques dizaines d’irréductibles cyclistes prônant seuls un retour à la lenteur et à l’effort, ils étaient des centaines, de partout, de tous les continents avec ces mêmes dénominateurs communs qui nous rassemblent tous : le vélo et l’esprit de la fête.

 

Mais, plus prosaïquement, que se passe-t-il dans un championnat de coursier, je ne vous l’ai pas encore dit. Il y a d’abord la compétition principale : la main race, celle qui détermine la championne et le champion, de son pays, d’Europe ou du monde selon le championnat. Et des champions, il y en eu beaucoup à vélocité, la liste est résumée ici, en bas de page : www.velocite.ch/notre-profil. Sur un parcours fermé à la circulation où sont disposés une dizaine de checkpoints, un parcours fait principalement de sens uniques et dont on possède le plan quelques jours avant la course, il faut terminer le ou les manifestes le plus rapidement possible, un manifeste étant une liste de course à faire entre deux ou plusieurs checkpoints. Pour comparer ça au travail de coursier, c’est comme si le dispatcheur et les coursiers devenaient la même personne. Le but étant donc d’organiser au mieux l’ordre des courses afin de faire le moins de kilomètres possibles dans le parcours. Réfléchir vite, rouler fort, associer le cerveau et les jambes, apprendre à penser vite et bien alors qu’on est à bout de souffle. À côté de la main race, il y a quelques autres compétitions : le up-hill sprint, sprint en montée qui, à Lausanne en 2013, allait de la rue Centrale à la place du Château en passant par la Palud, la Mercerie et la Cité, le sprint tout court, à plat, c’est Simon #160 notre spécialiste dans ces deux exercices, multiple champion du monde et champion suisse. Il y a aussi le trackstand, le fait de rester en équilibre sur son vélo en faisant du sur place, en enlevant progressivement les mains puis les jambes de son vélo, et parfois les habits lorsqu’on veut complexifier encore un peu la chose. Là c’est Adrien #86 qui généralement défend admirablement nos couleurs. Et puis d’autres compétitions encore, comme le footdown, le fait de rouler en cercle, un cercle qui va en se rapetissant en essayant de faire tomber les autres tout en restant sur son vélo.

 

Alors, grâce à cet esprit de liesse, lorsque je contactais le Service des Sports de Lausanne pour organiser, l’année prochaine, les futurs championnats suisses dans la région lausannoise, mon répondant se souvenait encore de 2013, de la fête qui y régnait, de l’amour du sport mais d’un sport où la compétition, même si on y participe avec sérieux, n’est que l’alibi pour s’amuser un peu plus, pour se connaître, se retrouver et avancer ensemble. C’est dit, les prochains championnats suisses s’arrêteront à nouveau dans la région, dans le grand Lausanne, pour faire revivre la joie qui avait habité notre ville en 2013.

L'auteur

Né en janvier 1989 à Vevey, Laurent Küng fait ses écoles à Blonay, à La Tour-de-Peilz puis part étudier la philosophie et la littérature francophone à l’Université de Lausanne.  En parallèle du gymnase et de l’Université, il mène une carrière de musicien dans quelques groupes de la région (The Awkwards, The Mondrians, …). En 2015, il commence à travailler pour vélocité. En 2016, sous le pseudonyme d’Auguste Cheval, il publie son premier roman – La disparition de l’homme à la peau cendre – puis en 2018, Les corps glorieux, s’inspirant en partie de son travail à vélocité.

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