En 2004, lorsque Blaise veut remettre la direction de vélocité, il a en tête trois hommes : Dominique Metz, Raphaël Faiss et Tristan Cordonier. Les deux premiers acceptent la proposition et amorcent ainsi une nouvelle ère de vélocité.

LAURENT KÜNG  · 08.04.2019

Photos: Dominique Metz

En 2001, alors étudiant en sport, Raphaël tombe sur une annonce à l’université, vélocité cherche des coursier-e-s à vélo. Quelques minutes plus tard, il appelle Blaise, sans imaginer la place que prendra vélocité dans sa vie future.

 

2019, on est de retour à l’uni. C’est ici que je rencontre Raph, dans son bureau de chercheur en science des sports à Lausanne où il œuvre dans la lutte contre le dopage. Autour de nous, sur les murs en béton neuf du Synathlon, des trophées de championnats de coursier-e-s, des photos de coureurs cyclistes pro qui le remercient pour son travail, une pompe à vélo gagnée aux championnats suisses de coursier-e-s à Genève. C’était en 2002, Dominique devient champion suisse et gagne ses billets d’avion pour les championnats du monde à Seattle l’an prochain. Raph finira derrière lui, pour 4 secondes, et gagnera cette pompe. Au moins, elle fonctionne toujours aujourd’hui, ironise-t-il. Pendant des années, les deux compagnons seront la terreur des championnats de coursier-e-s, à eux deux ils gagneront trois championnats du monde, 3,5 championnats d’Europe (arrivés ex aequo en 2004) et quatre championnats suisses. Du jamais vu.  

« C’était en 2002, Dominique devient champion suisse et gagne ses billets d’avion pour les championnats du monde à Seattle l’an prochain. Raph finira derrière lui, pour 4 secondes, (...)»

Mais revenons au début, en 2001, lorsque les deux futurs directeurs de vélocité sont engagés : « Au début, moi je roulais le matin et j’étais à l’uni l’après-midi. On ne se croisait jamais avec Dom. Lui roulait plutôt l’après-midi. Il n’y avait pas encore vraiment d’esprit de groupe, on n’était pas assez, on ne se voyait presque pas. C’est quand on est allé aux championnats à Budapest en 2001 qu’on a commencé à sentir qu’il se passait quelque chose. Il y avait beaucoup de coursier-e-s suisses allemands, des groupes déjà très forts, très soudés, ce qu’on avait pas encore à Lausanne. Ce monde se révélait à nous. Alors en 2002, on a inauguré les premières alleycats à Lausanne, on se voyait en dehors du travail, ça commençait à aller au-delà de faire seulement des livraisons à vélo. »

« Alors en 2002, on a inauguré les premières alleycats à Lausanne, on se voyait en dehors du travail, ça commençait à aller au-delà de faire seulement des livraisons à vélo.»

Été 2003, Blaise, alors encore directeur commence à saturer. Dom et Raph se voient une veille de Grand Raid pour en discuter. Ils tombent d’accord, ils se sentiraient bien dans la peau des nouveaux patrons de vélocité. Quelques mois plus tard, c’est officiel et commencent alors des années heureuses pour la prospérité de vélocité. Les locaux de la rue de l’Ale 42, sans place, sans chauffage, presque sans toilettes et où Blaise ne se nourrissait que de coca et de cacahuète, étaient devenus trop petits pour l’ambition de ces deux lurons. Ils déménagent à l’avenue de France, au numéro 60. Leur objectif ? « On voulait que tous les six mois, on ait besoin d’un coursier-e supplémentaire sur la route, c’est ce qu’on s’était fixé avec Dom. Alors, on a beaucoup démarché de clients, on voulait augmenter l’activité pour faire grandir vélocité. Aussi, pour se permettre de mieux payer les coursier-e-s, le but était que le métier de coursier-e à vélo devienne un vrai travail et non pas un petit boulot pour étudiant. En tant que patron, on avait un équilibre délicat à trouver entre l’amitié qui nous liait aux coursier-e-s, et le fait qu’on était tout même leur patron et que les coursier-e-s devaient nous suivre lorsqu’on choisissait une direction. À ce moment-là, notre vie c’était vélocité. Tout tournait autour de ça et j’en garde d’excellents souvenirs. On travaillait beaucoup, on tirait beaucoup sur l’élastique mais on avait l’énergie pour le faire. On était une vraie équipe, avec une relation horizontale, où chacun avait son mot à dire. »

« En tant que patron, on avait un équilibre délicat à trouver entre l’amitié qui nous liait aux coursier-e-s, et le fait qu’on était tout même leur patron et que les coursier-e-s devaient nous suivre lorsqu’on choisissait une direction.»

Pour parfaire la symbiose, Dom et Raph déménagent ensemble. Une confiance mutuelle s’installe entre les deux hommes, chacun connaissait la valeur de l’autre, se savait bon dans ce qu’il faisait et reconnaissait son incapacité dans les tâches de l’autre. Dominique était un vrai chef d’entreprise qui s’occupait de la comptabilité, des prévisions financières, des chiffres mais qui, en même temps, nourri d’un ample amour paternel, s’inquiétait souvent des coursier-e-s, de leur sentiments dans la vie privée, il gérait ses employés comme une grande famille. Raph, paradoxalement, se chargeait davantage des ressources humaines, du marketing et des relations avec les clients avec un caractère plus frontal d’entrepreneur, d’un homme qui sait ce qu’il veut et qui souhaite que les choses avancent. Une main qui caresse, l’autre qui calotte, l’équilibre était trouvé.

 

Entre 2004 et 2010, l’année de leur départ de vélocité, les deux compères ont construit ce que vélocité est devenu aujourd’hui, ils ont bâti des fondations solides, ont professionnalisé la structure qui, au fil des années, a pu offrir un vrai confort aux coursier-e-s, des salaires de plus en plus décents, tout en développant ce joyeux esprit de horde qui peuple les bureaux de la société. « Ce que je trouve touchant, c’est que l’esprit général perdure, je pense que ceux qui entrent aujourd’hui à vélocité doivent ressentir quelque chose d’assez similaire à ceux qui ont commencé il y a quinze ans. »

 

Puis, en 2010, Raphael commence à réaliser qu’une certaine lassitude s’est installée dans son quotidien. « Il était temps de passer le témoin. Avec Dom, on avait fait de notre mieux pour faire grandir vélocité, c’était aux autres de jouer désormais. Aujourd’hui, le boulot de coursier-e me manque un peu, surtout le rapport avec la ville, ressentir le goût de la ville. Quand t’es coursier-e, tu sens si les gens sont heureux, s’ils sont tristes sur les trottoirs ou dans leur voiture. Il y a un rapport très intime avec la ville à force de la côtoyer tous les jours. Le plaisir des petits défis quotidiens me manque également, les challenges qu’on peut se fixer tous les jours sur son vélo. »

Après une heure d’histoires qui émanaient de lui sans que je n’ai besoin de lui poser aucune question, Raphaël doit retourner à ses obligations d’enseignant, les participants à une formation continue sur la lutte anti-dopage attendent ses lumières, on se quitte alors avec le sentiment que la discussion aurait pu se prolonger jusqu’à la fin du jour.

L'auteur

Né en janvier 1989 à Vevey, Laurent Küng fait ses écoles à Blonay, à La Tour-de-Peilz puis part étudier la philosophie et la littérature francophone à l’Université de Lausanne.  En parallèle du gymnase et de l’Université, il mène une carrière de musicien dans quelques groupes de la région (The Awkwards, The Mondrians, …). En 2015, il commence à travailler pour vélocité. En 2016, sous le pseudonyme d’Auguste Cheval, il publie son premier roman – La disparition de l’homme à la peau cendre – puis en 2018, Les corps glorieux, s’inspirant en partie de son travail à vélocité.

  • Noir Facebook Icône
  • Icône social Instagram
  • Noir Twitter Icon
  • Noir LinkedIn Icône