La création de vélocité 

Nous sommes en janvier, l'aube d'une année nouvelle, une année de célébration d’une ère commencée il y a vingt ans, le début d’un an solennel que nous consacrons aux vingt années durant lesquels nos coursiers ont arpenté les pentes abruptes de Lausanne. À ceux qui, pendant vingt ans, ont cru en nous, à ceux qui ont vu leurs cuisses gonfler pour nous, à ceux qui ont participé à l’aura qui auréole nos coursiers, nous leur disons merci. 

LAURENT KÜNG  ·  28.01.2019

Blaize Felberbaum (à gauche), le fondateur de vélocité. Photo: @Gustave Deghilage 

Il y a vingt ans, ils débarquaient. Sans l’espérer, comme une rumeur dont on parlait à voix basse, qu'on osait à peine prononcer de peur que l'espoir ne se rompe, de peur cette petite flamme qui grandissait dissimulée dans le ventre de chacun ne s’essouffle. C'était un 6 juin, non pas de l'année 1944 lorsque les Alliés comme le printemps arrivaient en Europe après quatre ans d'hiver, mais de l'année 1999. Un 6 juin aussi en hommage à la mort de Boris, ami de Blaize et mécanicien chez The Bike, mort sur son vélo, lors d'une course. 

 

On entrait bientôt dans le 21e  siècle et, désormais, les livraisons se feront à vélo. C’est le parti qu’avait pris Blaize, le fondateur, en donnant vie à vélocité. Il raconte qu'un jour, étant arrivé au même instant qu'un livreur en scooter dans une agence de comm, le patron, en discutant avec un client, lui avait dit : "à gauche, en scooter, c'est le coursier du 20e siècle, à droite, celui du 21e". C'était Blaize, c’était l’aube d’une ère nouvelle. La première pierre était posée, jonchant le sol sans qu'on la remarque, sans qu'on comprenne l'importance qu'elle prendrait par la suite, le poids du symbole qu’elle véhiculait, comme une envie de marche en arrière, comme une envie de repenser la ville autrement. Elle était là, prête à accueillir les autres pierres, à les soutenir, à les aider à grandir. 

« à gauche, en scooter, c'est le coursier du 20e siècle, à droite, celui du 21e »

Rimbaud disait qu'on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Nous, à 20 ans, même si on a su garder le jeu, la malice de notre enfance, on est devenu sérieux, au fil des années, des gens qui se sont succédés à la tête de vélocité et sur les rues difficiles de Lausanne, puis des autres villes. Pourtant, au début, tout avait commencé de l’enthousiasme d’un seul homme qui s’ennuyait sur les bancs trop étroits de l’université. Il s’appelait Blaize et il souhaitait que le vélo fasse son retour dans les rues lausannoises après des dizaines d’années où la voiture sévissait seule, assise sur son monopole. La même année, naissait Cyclic, les balbutiements de Pro Vélo, et Lausanne Roule. On était dans le ton, le vélo débarquait à Lausanne, timidement certes, mais il était de retour. 

 

Et puis, comme dans la vie, on avançait sans prendre conscience de ce qu’on construisait, la tête dans le guidon, le regard concentré sur la route, pour ne se relever que dans certains moments clés, certains lieux desquels bruissent une aura particulière. Cet anniversaire en est un, un moment où l’on peut relever la tête, regarder en arrière, et contempler le chemin parcouru jusqu’ici. 

 

Depuis le début, vélocité aura été lié à Lausanne. Un jour, Blaize m’a raconté qu’un homme, sachant qu’il était coursier à vélo, mais ne sachant pas qu’il était le fondateur de vélocité, était venu à lui et lui avait parlé de l’histoire de la société. Il lui avait fait le récit de toutes sortes d’aventures, certaines véridiques et d’autres qui appartenaient aux légendes urbaines dont les coursiers étaient couronnés. Il avait raconté qu’un jour de grande neige, un coursier avait dû livrer à vélo jusqu'au Brassus parce que même les trains ne circulaient plus. Il lui avait dit que, de nuit, échauffés par leur journée de travail, les coursiers organisaient des courses sauvages pour savoir qui montera le chemin du Calvaire le plus rapidement et que c’est celui qui n’avait pas vomi qui avait gagné. Il avait parlé de l’histoire de cet homme qui, voulant rejoindre son amante était parti de Lausanne et ne s’était arrêté qu'à Nantes, une fois qu’il était arrivé dans ses bras, puis qu’il n’avait plus pu uriner pendant une semaine. 

 

« C’était gagné. Les Lausannois s’étaient emparés de vélocité, ils s’étaient ré-appropriés vélocité comme on raconte un mythe, comme on parle d’un film vu il y a longtemps, dont on comble la moitié de l’intrigue oubliée par notre imagination. »

C’était gagné. Les Lausannois s’étaient emparés de vélocité, ils s’étaient ré-appropriés vélocité comme on raconte un mythe, comme on parle d’un film vu il y a longtemps, dont on comble la moitié de l’intrigue oubliée par notre imagination. Nous faisions parti du théâtre urbain. nous étions entré dans le caractère de Lausanne, dans son ADN, qu'on nous admire ou qu’on maugrée dans sa barbe à notre passage, nous étions là, tous les jours, à vos côtés, sur les route et dans l’esprit de Lausanne.  

L'auteur

Né en janvier 1989 à Vevey, Laurent Küng fait ses écoles à Blonay, à La Tour-de-Peilz puis part étudier la philosophie et la littérature francophone à l’Université de Lausanne.  En parallèle du gymnase et de l’Université, il mène une carrière de musicien dans quelques groupes de la région (The Awkwards, The Mondrians, …). En 2015, il commence à travailler pour vélocité. En 2016, sous le pseudonyme d’Auguste Cheval, il publie son premier roman – La disparition de l’homme à la peau cendre – puis en 2018, Les corps glorieux, s’inspirant en partie de son travail à vélocité.

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