Info Région - TVRL - 1999.10.11

Le service de livraison rapide Vélocité

"Je m'ennuyais en Lettres, j'avais envie de faire quelque chose d'autre, sans trop savoir quoi faire de cette envie." Seule une idée semblait briller d'un éclat plus véritable que les autres : gagner sa vie en faisant du vélo. Tant d'idées sont nées de l'énergie dont l'Université ne savait que faire, tant de projets sont apparus dans la flânerie des heures oisives passées à l'école, vélocité sera de ceux-ci.

LAURENT KÜNG  ·  15.01.2019

"Je m'ennuyais en Lettres, j'avais envie de faire quelque chose d'autre, sans trop savoir quoi faire de cette envie." Seule une idée semblait briller d'un éclat plus véritable que les autres : gagner sa vie en faisant du vélo. Tant d'idées sont nées de l'énergie dont l'Université ne savait que faire, tant de projets sont apparus dans la flânerie des heures oisives passées à l'école, vélocité sera de ceux-ci. 

 

Il avait vu, lors d'une année passée à Los Angeles, des coursiers à vélo qui livraient Downtown aux ronds-de-cuirs en costume. Il avait entendu parler d'événements similaires qui se passaient, plus proche de sa ville natale, à Genève, à Bâle, à Zürich et dans d'autres villes sur le versant est de la Sarine. Il avait imaginé que, malgré la pente, malgré l'effort, tout ça pourrait aussi exister à Lausanne. Il avait envie que naisse dans sa ville la même joie de voir revenir les vélos dans les rues. Cette idée devenait claire, il fallait désormais la faire exister.

 

Alors que vélocité n'avait pas encore prononcé ses premiers balbutiements, il fallait engager les premiers frais pour créer l'entreprise :  "J'ai du dépenser à peine 500 francs ! J'avais déjà un vélo, j'ai acheté un sac, un natel avec abonnement, j'ai fait imprimer des flyers et j'ai commencé le porte-à-porte en chemise Hugo Boss." vélocité n'avait pas encore de bureau à cette époque et Blaize habitait chez ses parents. Pendant presque deux ans, il a battu seul les sentiers abrupts de Lausanne, en chemise lorsqu'il allait voir les clients, et maillot bleu clair lorsqu'il fallait suer et souffler fort pour livrer les quelques âmes amies qui lui faisaient confiance alors, puis rentrait chez lui, tous les soirs, à Épalinges, en calculant  son chiffre d'affaire journalier, sans pouvoir encore se mesurer au M2 puisqu'il n'était alors qu'un projet dans l'âme des urbanistes lausannois.  

"J'ai du dépenser à peine 500 francs ! J'avais déjà un vélo, j'ai acheté un sac, un natel avec abonnement, j'ai fait imprimer des flyers et j'ai commencé le porte-à-porte en chemise Hugo Boss."

Quand il me parle des premiers clients qui ont rempli la cagnotte encore bien légère de vélocité, il évoque un fameux triangle des Bermudes entre les boîtes de comm, les ateliers de photo-lithogravure et les imprimeurs. Puis sont arrivés les notaires, en aller-retour avec la Chambre Vaudoise du Commerce puis, plus tard, les analyses médicales et les laboratoires.

 

Mais nous n'y sommes pas encore, revenons en 1999 lorsqu'il reçoit sa première course, t'en souviens-tu Blaize?  "Évidemment ! La première course, je l'ai ratée... dit-t-il dans un sourire devenu malicieux à force de raconter cette histoire. J'avais raté leur téléphone mais je les ai rappelé quelques minutes plus tard, j'ai pas trop entendu ce qu'ils m'ont dit mais j'ai compris d'où venait l'appel alors je me suis rué à cette adresse. Je crois que je ne suis jamais allé aussi vite à vélo mais, lorsque je suis arrivé, il y avait un taxi devant leur bureau, j'avais raté la course." 

"Évidemment ! La première course, je l'ai ratée..." dit-t-il dans un sourire devenu malicieux à force de raconter cette histoire. 

L'histoire le fait sourire aujourd'hui, mais on sent encore poindre la blessure de cette première course de juin 1999. Puis sont venues d'autres courses qui ont abouties, des sentiments heureux de voir son projet se matérialiser, devenir vivant, de voir d'autres coursiers arriver lorsqu'il a étendu les ailes de vélocité à la grande agglomération lausannoise.

 

En 2004, il confie les rênes de l'entreprise à deux coursiers, Dominique Metz et Raphaël Faiss puis en 2013, il quitte son oeuvre, confiant pour son avenir. L'homme qu'on a devant nous est de ceux qui ouvrent les voies, qui lancent des idées, qui pétrissent la première terre pour leur donner une forme puis qui se retirent lorsqu'ils ont l'impression d'avoir tout dit, d'avoir épuisé l'enthousiasme premier qui avait fait naitre cette idée. 

 

On revient au présent, Blaize est assis devant nous. 20 ans plus tard, l'homme n'a pas changé. Certes, il est peut-être moins affuté qu'à l'époque où il grimpait de la Maladière à La Sallaz en quinze minutes, mais l'enthousiasme est encore là et son horizon s'est élargit.

 

Après avoir travaillé chez The Bike, après avoir été le gérant de Passe Montagne, de nouveaux projets sont nés dans son esprit généreux, il me parle de magasins de bière, d'une bibliothèque à Bienne et puis de vélo, toujours. "Aujourd'hui, je veux me laisser un peu de flou, laisser du vide à mon âme, prendre le temps de regarder par la fenêtre. J'ai envie de faire autre chose, sans trop savoir quoi pour le moment." 

Aujourd'hui, je veux me laisser un peu de flou, laisser du vide à mon âme, prendre le temps de regarder par la fenêtre. J'ai envie de faire autre chose, sans trop savoir quoi pour le moment.

Quand on sait ce qu'ont donné ces paroles il y a 20 ans, on est confiant pour les projets futurs de Blaize, numéro un.

L'auteur

Né en janvier 1989 à Vevey, Laurent Küng fait ses écoles à Blonay, à La Tour-de-Peilz puis part étudier la philosophie et la littérature francophone à l’Université de Lausanne.  En parallèle du gymnase et de l’Université, il mène une carrière de musicien dans quelques groupes de la région (The Awkwards, The Mondrians, …). En 2015, il commence à travailler pour vélocité. En 2016, sous le pseudonyme d’Auguste Cheval, il publie son premier roman – La disparition de l’homme à la peau cendre – puis en 2018, Les corps glorieux, s’inspirant en partie de son travail à vélocité.

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